Pour un au-revoir à Idir…

« Notre héritage  n’est précédé d’aucun testament »

René Char

«Les yeux entre les étoiles
Scrutant les cieux
Te cherchant en vain
Et se demandant où tu pourrais être.
On est restés orphelins depuis que tu es parti.
Ta terre natale que tu chérissais est désormais en larmes.
Lorsqu’un poète meurt
C’est toute la terre qui frissonne
Le coeur alors prend froid et commence à rimer sa peine.»

Un Dimanche matin en pluie.
Où le cœur prend froid.
Un matin de peine et de perte.
Idir est parti.

Idir est parti , et c’est sans surprise que la berceuse Kabyle « A vava Inouva », s’est mise à tourner en boucle dans les studios de l’hexagone.
La plupart reprirent alors l’histoire du fils de berger qui, remplaçant à la télévision algérienne au pied levé la chanteuse kabyle Nouara tombée malade, devint en 1973 par la volonté du destin, à la fois un des précurseurs de la world music et le chantre de la Kabylie.
Idir était en effet LA voix du peuple Amazigh, celle qui porte loin, très loin au-delà de la terre natale. Cette place particulière il l’évoque dans le documentaire « entre scènes et terres » qui lui est consacré.

Livrant ses impressions à l’occasion de son retour sur le sol algérien, il y dit à la fois son engagement et sa liberté de parole.
« Ils viennent te saluer comme si tu étais un général de brigade. C’était assez difficile d’être un chanteur et de passer dans la tête des gens pour quelque chose que tu n’es pas dans le fond….Je suis quelqu’un qui a la chance d’être aimé et énormément…. Mais je ne peux pas représenter qui que ce soit. J’ai défendu énormément de choses, j’ai participé à beaucoup d’actions mais je veux quand même rester moi-même, être maître de mon destin à moi ».

Engagé et libre, Hamid Cheriet pour l’état civil, était un homme et un artiste doté d’un «méchant charisme» qui le faisait rayonner bien au-delà de sa culture. Moustapha Amokrane de Zebda en témoigne aux côtés de Souad Massi dans l’hommage rendu par « la librairie Francophone ».

Avant tout, et parce que solidement arrimé à ses racines, Idir était un rassembleur.
Et quiconque a assisté à l’un de ses concerts sait qu’ils étaient bien plus que cela. De ce talent singulier il laisse en presque cinquante ans d’une carrière discontinue seulement sept albums. Sept albums, mais combien de rencontres musicales véritables ? De celles qui ne sont pas des hasards mais des rendez-vous.

idir et maxime le forestier

Au long de son parcours artistique, il aura fait voyager le patrimoine kabyle, allié tradition, diversités et générations, rebâti des ponts entre cultures celte et berbère. Il aura aussi réussi à faire chanter quelques têtes d’affiches, comme Charles Aznavour ou Maxime le Forestier dans la langue de l’autre.

idir et Aznavour

On peut regretter que l’hommage qui  a été rendu dans  les media français à cet artiste universel  n’aie pas été tout à fait à la hauteur ni de son apport à la musique , ni  de sa place dans les cœurs de son public international. Des musicien.n.es ont pallié à ce silence.
Et ayant planté leurs yeux entre les étoiles, scruté les cieux, et cherché Idir en vain, ils l’ont remercié de ce qu’il nous laisse de plus précieux : Notre héritage.

Où trouver ces documents dans les bibliothèques ?

Une réponse à “Pour un au-revoir à Idir…”

  1. Merci Joël pour la mise en page et le choix des photos. Et merci à Bmol de me garder un rond de serviette sur ses pages. Bon été les discothecaires !

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