Treme (prononcez Trémé) est une excellente série de la chaine HBO, productrice excusez du peu de Six Feet Under, Les Sopranos, The Wire, True Blood, Oz, Game of Thrones, etc., bref du lourd en matière de créativité télévisuelle (quel est le mauvais esprit au fond de la salle qui a dit « il y a contradiction dans les termes » ?).

On a souvent dit des Etats-Uniens qu’ils étaient capables de regarder leur histoire en face et de la traiter via le cinéma, notamment en parlant de la guerre du Vietnam puis des guerres en Irak. Autre traumatisme national toutes proportions gardées, l’ouragan qui a détruit la ville de La Nouvelle-Orléans en 2005 se retrouve au centre d’une série ambitieuse moins de 10 ans après les faits. Treme (un des quartiers historiques) nous propose de vivre dans la ville les quelques semaines et mois qui ont suivi l’ouragan Katrina. La ville est ravagée, à moitié vidée de ses habitants, quadrillée par les véhicules de l’armée, dans une vision post-apocalyptique à laquelle nous ont maintenant habitué bon nombre de films et de séries1 : au choix La route, 28 jours / 28 semaines plus tard, Walking Dead2… Sauf qu’ici c’est la réalité.

L’originalité de la série est – Nouvelle Orléans oblige – de laisser toute sa place à la musique. Car s’il y a eu des séries sur les vampires, les mafiosis, les flics plus ou moins ripoux, les bikers, les artisans de la drogue, les dealers et même les croque-morts (liste non exhaustive), quid de la musique en dehors de l’aspect purement illustratif de celle-ci ? Or dans Treme elle est au cœur de la série comme on imagine qu’elle impulse le rythme de la ville. Il y a donc les fanfares et les musiciens de rue, les requins de studio, les musiciens en devenir, leurs combines et leurs échanges de cachets pour joindre les 2 bouts, mais aussi les guests dans leur propre rôle (ci-dessous les apparitions de Trombone Shorty).

On croise donc au fil des épisodes des pointures telles que Allen Toussaint, Elvis Costello, Cassandra Wilson, Trombone Shorty, Dr John et d’autres qui s’insèrent naturellement dans l’intrigue sans qu’on soit plus que ça étonné de leur présence (bon un peu quand même au début quand on voit Elvis Costello boire une bière dans un club du quartier).

La série s’illustre aussi en s’emparant de la question politique : dénonciation à peine masquée de l’administration Bush, de l’abandon de la ville à son sort, de la difficulté pour les populations de rentrer chez elles, de la gentrification de certains quartiers, du développement du tourisme de la catastrophe, de la violence préexistante à Katrina, etc, etc.

Ajoutons que comme souvent dans les séries américaines, les acteurs sont carrés, les scénarios bien ficelés, les moyens conséquents, qu’un soin tout particulier est apporté au générique et à sa musique (voir ci-dessous) et vous obtenez la série de l’année…

  1. pour vous convaincre de l’actualité de ce désormais sous-genre voire la programmation de la Cinémathèque de Grenoble []
  2. à propos de la figure omniprésente du zombie voire l’analyse intéressante de notre confrère Lionel Maurel []
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Une réponse

  1. Marion dit :

    Super ! Et hop, voilà, j’ai réservé les deux premiers dvd… Merci.

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