Musique classique et électro, le mariage de la carpe et du lapin ?

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Que nenni, preuve en est ce petit bijou qu’est l’album Statea, qui réunit Vanessa Wagner et Murcof :

à ma gauche : Vanessa Wagner, pianiste « grand-angle », nommée en 1999 « révélation soliste instrumentale de l’année » aux Victoires de la musique classique, reconnue pour la délicatesse de son toucher et son sens de l’espace, interprète de Mozart, Brahms, Ravel, Rachmaninov, Debussy, aussi bien que de compositeurs contemporains comme Pascal Dusapin.

à ma droite : Murcof, alias Fernando Corona, artiste  mexicain passé maître dans l’art de conjuguer ses traitements sonores avec des genres musicaux qui semblent à première vue éloignés de la planète électro : en 2008 c’était l’album « Mexico » avec le trompettiste de jazz Erik Truffaz, expérience renouvelée en 2014 avec « Being Human Being ».

En 2008 aussi, c’est déjà avec une musicienne classique qu’il participa au projet « Private domain » : sous l’alias d’Iko, Laurence Equilbey (cheffe du chœur de chambre Accentus, bien connu des amateurs de musique vocale) avait fait appel à lui pour un duo sur un air de Claudio Monteverdi, « Amor ».

La connection entre Vanessa Wagner et Murcof  s’est faite un peu fortuitement, comme la pianiste le raconte à Culturebox : « La rencontre avec Fernando Corona s’est faite en 2010 dans les carrières du Normandoux : […] nos concerts respectifs se suivaient et nous avons décidé de faire une sorte de transition liant nos deux musiques : j’ai choisi une « Gnossienne » et une « Gymnopédie » de Satie, sur lesquelles Murcof a improvisé avec l’électronique. Le public était enthousiaste, ça a si bien marché que ça nous a incités à renouveler l’essai. »

Au final : une entente, un équilibre (« balance », c’est le sens du mot Statea en italien ancien), une harmonie entre les œuvres classiques pour piano seul et les traitements électroniques.

Les œuvres sont interprétées à la lettre par la pianiste, sans transformation de la partition originale : l’improvisation se passe là uniquement du côté de l’électronique, qui en modifiant en direct la texture des sonorités, en enveloppant le piano de ses nappes ou de ses vagues, accentue les atmosphères, essentiellement empreintes de  mélancolie et de mysticisme.

Les compositeurs : John Cage, Arvo Pärt, Philip Glass, Morton Feldman, etc, sont pour la plupart des compositeurs minimalistes du XXème siècle (eux-mêmes pétris de spiritualité) : un hasard ? certes non : bon nombre de musiciens d’électro se réclament de l’influence des compositeurs de ce courant.

Seuls « intrus » : Erik Satie, dont la Gnossienne no 3, jouée très lentement, prend des reflets métalliques, et Aphex Twin, artiste d’électronica avant-gardiste,  dans une pièce inattendue  pour piano seul.

Et l’album se clôt en douceur sur les accords vertigineux de « Metamorphosis 2 » de Phil Glass … et redémarre aussitôt pour un tour (on parie ?) sur « In a landscape » de John Cage.

Cet album existe sous forme CD dans les Bibliothèques de Grenoble, mais est disponible également sur 1dtouch, plateforme d’écoute accessible à partir de la Numothèque.

Auteur : Martine

Si j'avais le choix de la couleur, j'aimerais assez être bleue, comme la note du même nom; si j'étais une note, j'aimerais être n'importe quelle petite croche de l'adagio du concerto pour clarinette de Mozart (et je promets de rester bien à ma place), ou encore un silence entre 2 notes de Thelonious Monk; si je devais changer de métier, je me vois bien pâtre sur un rocher chez Schubert ou ornithologiste chez Charlie Parker… Mais bon, j'avoue, dans la vraie vie je m'appelle Martine, et je suis amatrice, outre de musiques en tous genres - mais plus particulièrement celles qui passent à des heures impossibles à la radio - de moelleux au chocolat (avec un fond de sauternes), car c'est bien connu, ventre affamé n'a point d'oreille, et dans notre métier, les oreilles, c'est essentiel !

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