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monk« ‘Round midnight » ou « ‘Round about midnight » ou encore « Around midnight », et en français : « Autour de minuit » : c’est le titre de la ballade la plus célèbre du jazz moderne, qui a eu son heure de gloire à la sortie du film du même nom de Bertrand Tavernier à la fin des années 80. La création de cette ballade est due à Thelonious Monk, pianiste le plus déroutant de l’histoire du jazz, celui que l’on n’a jamais réussi à ranger dans une case – ni tout à fait stride, ni tout à fait bebop – toujours un pas à côté ou plutôt un pas en avant, mais qui, comme Jimi Hendrix l’a fait pour la guitare, a définitivement marqué l’histoire du piano jazz, et même l’histoire du jazz tout court.

Pour en revenir à « Round midnight », nombreux sont les musiciens qui se sont attaqués à ce monument emblématique : il s’agit pourtant d’un exercice périlleux, une ballade réussie ayant l’obligation de concentrer lyrisme, mélancolie, romantisme, sans oublier un son irréprochable (et plus le tempo est lent, plus c’est délicat !) non dénué d’un minimum de sensualité, le tout devant donner une impression de simplicité et de fluidité.
Miles Davis lui-même, qu’on ne peut pas qualifier d’amateur, avoue avoir bavé des ronds de chapeau sur ce thème :
« ‘Round Midnight était très dur parce qu’il avait une mélodie complexe, fallait pas s’éparpiller. Il fallait qu’on entende les accords, la grille, mais aussi ce qui venait par-dessus. C’était un de ces thèmes qu’il faut entendre. Pas comme une mélodie ou un motif ordinaire de huit mesures, en mineur. Un thème dur à apprendre et à retenir… » *
Voilà exactement tout ce que l’on a envie d’oublier lorsqu’on écoute une ballade, et c’est exactement ce que m’a fait oublier la version la plus récente de ce thème joué par Romain Collin, jeune pianiste français installé à New York (et sorti du Thelonious Monk Institute of Jazz, sûrement pas un hasard) en clôture de son magnifique album «Press enter» (qui contient une autre ballade particulièrement émouvante : « San Luis Obispo »).

Les difficultés évoquées par Miles Davis expliquent sans doute que « ‘Round midnight » ne soit hélas pas joué plus souvent; malgré tout l’interprétation particulièrement inspirée de Romain Collin n’est pas la seule, plusieurs musiciens mettant ce thème à nouveau à leur répertoire, et parmi eux, Francesco Bearzatti, saxophoniste et clarinettiste italien, qui consacre un disque entier à la musique de Thelonious Monk dans un esprit iconoclaste très rock’n’roll, sous le titre imagé de « Monk’n’roll »

Dans une version carrément soul, la diva Amy Winehouse s’était sur l’album « Frank » elle aussi emparée de cette mélodie, l’habillant de paroles d’une infinie tristesse.

Et puisqu’on parle de versions « trans-genre », je vous conseille d’aller jeter aussi une oreille sur l’interprétation très finement orchestrée qu’en donnent les 12 Violoncellistes du Philharmonique de Berlin, ce qui n’empêche pas d’écouter aussi les versions de Bill Evans, Stan Getz, Chick Corea, Sonny Rollins, Claude Nougaro, j’en passe et des tout aussi géants… et bien sûr toutes les interprétations par Monk lui-même, en solo ou en formations…

* Miles : L’autobiographie, Miles Davis : Miles Davis avec Quincy Troupe Presses-Pocket 1991

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