Vous est-il arrivé de vous ennuyer en écoutant un opéra sur disque, et d’autres œuvres classiques, sauf pendant les airs célèbres? Si oui, faites comme moi, écoutez et regardez un DVD. Fini l’ennui car la vue et l’audition sont comblées. La preuve par quatre.

orfeoOrfeo ed Euridice (Orphée et Eurydice), l’opéra de Gluck (1762) reprend le mythe grec. Orphée pleure la mort de sa bien-aimée, Eurydice, et veut l’arracher du royaume des morts.
La mise en scène de la compagnie catalane Fura dels Baus est à couper le souffle. D’abord, une troupe nombreuse, une partie des musiciens intégrés à la scène, des lumières et des décors indéniables de justesse par rapport aux propos de l’œuvre. Et puis la projection de vidéos sur le plateau en met « plein la vue », particulièrement dans les scènes du temple et de l’enfer. Dans le film, il y a une alternance de plans proches des interprètes et de plans embrassant toute la scène. Avantage du spectateur de la vidéo par rapport au spectateur de la salle ? Voir au plus près le visage des chanteurs, donc leur expressivité. J’apprécie autant de voir de près Orphée chanter l’air célèbre « j’ai perdu mon Eurydice » que de voir le royaume des morts « dantesque » avec ses éclats de lumières rouges. Pas une seconde d’ennui.

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pelleasPelléas et Mélisande, le chant des aveugles (1902), opéra de Debussy, mise en scène d’Olivier Py. C’est une atmosphère feutrée, dans le ton de ce premier opéra à ne pas contenir de grands airs, à avoir une mélodie sans lyrisme. Le film montre la fabrication de la représentation de l’opéra en 2007 à Moscou. Marc Minkowski explique quelques airs aux musiciens russes, des chanteurs réagissent aux propositions du chef d’orchestre. La mise en scène d’Olivier Py est épurée, sans éclat, pour rester dans la tonalité de cette musique qui est évocatrice d’une époque indéterminée.
Le spectateur du DVD voit des répétitions et des extraits de l’œuvre sur scène, et on passe des uns aux autres de façon fluide. Ce film de Philippe Béziat, à la fois documentaire, à la fois opéra filmé, me permet de comprendre, et aussi d’apprécier cette œuvre qui m’avait laissé indifférente au moment de l’écoute sur disque. Peut être à l’unisson des interprètes qui, au début des répétitions, semblaient mal à l’aise, et qui peu à peu par leur travail se voient dévoiler le mystère de cet opéra.

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karajanLa symphonie n° 9 « du nouveau monde » de Dvorak (1893) filmée par Henri-Georges Clouzot (réalisateur des « Diaboliques »).
Mise en scène simplissime, orchestre et Herbert von Karajan se faisant face, images en noir et blanc. Clouzot y met son savoir-faire de mise en place des caméras et du montage. Les clarinettes apparaissent quelques secondes à l’écran lorsqu’elles jouent seules, la masse des violonistes en plan large, l’archet qui se lève, le bois des violoncelles qui luit, Karajan les yeux clos conduisant avec souplesse et énergie. Les caméras suivent ou précèdent le tempo, le montage épouse le rythme de l’œuvre. C’est un film épousant la symphonie, et ainsi le spectateur perçoit mieux la sensibilité des acteurs, le compositeur, l’orchestre, son chef et le réalisateur. Que du beau.

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messieLe Messie, l’oratorio le plus célèbre de Haendel, filmé par William Klein. Ce réalisateur américain a réalisé des documentaires et des films de fiction originaux. Il alterne images de l’orchestre et images tournées à New York. Images de chœurs, de personnes dans la rue pendant des moments dramatiques, ou heureux, ou de piété, en écho aux textes de l’ancien et nouveau testament. Klein dévoile un monde de fureur, tout en montrant quelques scènes apaisées.
Le film détonne, on peut être choqué, ne pas aimer l’interprétation de Minkowski, le chef d’orchestre, et la vision de Klein sur le monde, car elles sont très singulières. Mais on ne peut nier une conviction. Quant à moi, le film m’a étreint le cœur, n’est-ce pas un des effets de la musique ?

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Une réponse

  1. Eileen dit :

    somptueusement c’est le mot. du grand raffinement, très beau ! merci 🙂

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