PATTI SMITH & KEVIN SHIELDS, « The Coral Sea »

Ode au photographe controversé Robert Mapplethorpe (dont les œuvres en noir & blanc en partie érotiques continuent de se heurter à la censure) qui partagea sa vie avant d’être emporté par le sida en 1989, la démarche de Patti Smith est simple et elle tient en une phrase placée dans le livret : »Après sa mort, je voulais lui donner autre chose que des larmes, c’est pourquoi j’écrivis « The Coral Sea« . Démarche simple à énoncer mais ô combien casse-gueule délicate à mettre en œuvre. Imaginez deux sessions d’à peu près une heure chacune, avec le dispositif le plus simple qui soit : elle récite son long poème, lui l’accompagne avec des nappes de guitares éthérées. Comment rendre l’expérience intéressante sur la durée ? C’est pourtant le tour de force réussi ici. Essentiellement grâce à de subtiles variations : dans la voix et dans le jeu de Kevin Shields qui s’adapte parfaitement aux émotions charriées par le texte. En congé de son groupe My Bloody Valentine malgré la énième annonce d’un prochain album, on redécouvre qu’il est un excellent guitariste et pour l’avoir sorti de sa retraite dorée on remerciera là aussi la chanteuse.

On pourra sans doute ergoter sur la nécessité de sortir deux cd qui ne sont que deux interprétations d’une même œuvre et trouver que les différences ne justifiaient pas de sortir ce disque dans un format aussi long (j’ai une préférence pour la deuxième session plus intense, moins contemplative). Mais rien vraiment d’essentiel.

Une musique belle, étrange, poétique qui vous arrache aux pesanteurs du quotidien : rarement un(e) artiste aura réussi à faire passer tant d’émotions (de l’amour, de la colère, de la tristesse, du doute) par la seule grâce de sa voix. Un peu comme Bob Dylan, vous pouvez être totalement hermétique à l’anglais et transporté malgré tout par ces longs poèmes scandés sur un fond de nappes sonores. Avec cette œuvre, elle aura réussi sans doute le plus bel hommage qu’elle pouvait rendre à son compagnon…

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Auteur : Julien

Né quelques jours après la mort de Jimi Hendrix (on fait se qu'on peut). S'est flatté pendant longtemps de détester le jazz mais attribue désormais cela à une erreur de jeunesse. Déteste vraiment la nouvelle-nouvelle-nouvelle chanson française. Se gausse pourtant d'avoir vu Bashung un soir de 1995 et d'y avoir pris du plaisir. A tenté (vainement) d'être musicien et traine depuis son mal-être dans des débats musicaux stériles. Persiste a porter des pulls à capuche et des Converse (le plus souvent déchirées) à bientôt 40 ans…

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