C’est une tradition dans ma famille au sortir de l’été. Identifier les morceaux qui ont marqué la période, et leur délivrer à la fin août dans une sorte de rituel immuable, le label « morceau de l’été ».

On en avait un peu causé en 2012 ici, et l’année 2017 ne dérogera pas à la règle. Chaque été possède sa bande son, ses chansons qui ont marqué la période et qui ont rythmé nos aventures estivales, notre été à nous.
Avant de livrer le verdict, il convient de préciser la notion de « morceau de l’été », telle que définie par notre famille. Car les critères existants, affinés au fil des ans au sein du cercle familial et qui permettent de graver dans le marbre le nom de chaque heureux élu, ne vont pas forcément de soi.

Premièrement, un morceau de l’été doit passer en radio. C’est une tradition chez nous, l’été on écoute la radio. A la maison, en allant au lac, au marché, à la ville, à la plage ou même acheter le pain. Plutôt devrais-je dire, les radios, car dans notre famille on partage. Et l’été, chacun a le droit de zapper la radio au gré de ses envies.

Deuxièmement, un morceau de l’été se doit d’évoquer notre été. Goûts familiaux obligeant, nos choix se portent plutôt vers des musiques afro-américaines, afro-caribéennes, africaines, ou bien vers le hip-hop. Sans être sectaires (en 2010 c’est le Help myself de Gaétan Roussel, chanson/pop, qui fût intronisé au Hall of Fame familial), un morceau de l’été se doit plutôt de sentir le sable chaud, les cocotiers et la plage, et donner envie de bouger. Mais c’est un peu plus compliqué que cela, vous allez voir.

Le morceau de l’été, enfin, s’impose à toi. Tu l’aimes sans avoir à expliquer pourquoi, même s’il frise parfois l’inavouable (en 2012, notre prix spécial du jury fût attribué au zouk love Positif de Matt Houston & P. Square !). Si le cheminement peut prendre des semaines, pas de longues réflexions, de discours ou de justifications : il se pose là ton morceau de l’été, c’est une évidence. Quand l’un de nous ressent le potentiel d’un titre, il le propose et une séance d’écoute collective suffit pour valider le précieux sésame qui sera attribué.

Vous l’aurez compris, le choix est subjectif. Aucun classement des meilleures ventes ou top des passages radio ne doit venir perturber la dogmatique et si précieuse subjectivité de ton morceau de l’été. Il s’impose à toi, et il t’est personnel ! Tu l’aimes et tu l’assumes. Cette année pas question donc du Despacito, ni du Chocolat de Lartiste, figurant pourtant dans le haut des charts.
Subjectif mais consensuel, car un morceau de l’été doit s’imposer comme une évidence à toute la famille. Ce qui donne l’opportunité aux anciens du clan de rester connectés à la modernité et aux esthétiques actuelles, tout en demeurant reliés aux plus jeunes.

Voici donc les 3 morceaux qui auront marqué notre été 2017 en famille…

N°1. L’ambianceur Swalla de Jason Derulo, Nicki Minaj & Ty Dolla Sign

Leçon n°1 : il n’y a pas de top de l’été sans dancehall ! Ici c’est clairement le côté dancefloor et booty shake* qui emporte l’adhésion. Si l’on y ajoute les phrasés funky, le rythme syncopé, le petit gimmick du refrain « Swalla, la la », la phrase à l’orgue et les featurings toastés de Nicki Minaj et Ty Dolla Sign, on est dans la veine des gros titres ambianceurs. Une efficacité dancehall qui en fera une arme redoutable en soirée…
Leçon n°2 : un top de l’été ne s’attarde pas trop sur les textes et sur la place de la femme dans le dancehall.

 

N°2. Le très hype Réseaux de Niska

Le gros tube rap de l’été chez les ados. Dans un style tendance 2017 (OKLM*, assez onirique, une touche d’auto-tune qui fait pâlir les tenants d’une ligne dure du hip-hop), ce titre participe aussi du renouvellement de la langue française : langage de quartier, emprunt aux langues étrangères et expressions issues des réseaux sociaux. « Elle fait la go* qui connaît pas charo », « Posé sous Jack dans mon bendo* » , « Je l’ai follow » « Ba mwen lajan* »…
Un vrai pe-ra de famille qui s’apprécie sans faim fin…

 

N°3. Le bougé bougé MMM (Mouiller le Maillot et Mailler) de Naza

Dans une veine afro-trap*, ce titre nous reconnecte avec les sonorités africaines, l’autre grand classique des morceaux de l’été. Le posse* dans la piscine, les inspirations ndombolo* avec caisses claires et guitares congolaises, la mixité, les petits pas de danse qui font plaisir, le tout porté par un refrain accrocheur… Mis à part les maillots du PSG tout au long du clip (Ben Arfa la blague…), on s’enjaille*, on valide !

En attendant de trouver dans nos bacs les albums des titres cités, qui sont en train de sortir, vous pouvez déjà écouter les sons de Naza sur 1D touch ici (réponses 3, 4 et 5), le fameux Matuidi Charo de Niska , et l’album Everything is 4 de Jason Derulo ici.

* Booty shake : déhanchement

* OKLM : abréviation de « au calme », expression née sur Internet et popularisée par le rappeur Booba

* Go : « fille » dans la langue bambara (parlée essentiellement au Mali)

* Bendo : « quartier », « banlieue », « taudis », mot dérivé de « abandon » et popularisé par le rappeur Niska

* Ba mwen lajan : « donne moi l’argent », en créole antillais

* Afro trap : style musical qui mélange rap actuel et musiques d’inspiration africaines

* Posse : « bande », « groupe », « clan », de l’anglais posse, « bande » (de personnes)

* Ndombolo : style musical du Congo, dérivé du kwassa kwassa

* S’enjailler : « se faire plaisir », « s’amuser », « passer du bon temps », en nouchi, langage argotique ivoirien

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