A l’occasion du Grenoble Jazz Festival, nous remettons à l’honneur cet article sur le saxophone baryton déjà publié sur Bmol il y a quelques mois. Le GRENOBLE JAZZ FESTIVAL, on en parle aussi ici.

Dans les années 1840, Adolphe Sax, facteur d’instruments belge, dépose un brevet pour une nouvelle famille d’instruments – les saxophones – qu’il concevait sur le modèle des cordes, du soprano au baryton, mais en cherchant un son plus puissant en particulier pour étoffer le son des fanfares militaires.

Un des premiers compositeurs à l’adopter fut Hector Berlioz (Chant sacré pour sextuor à cordes), mais cette famille d’instruments n’a véritablement acquis ses lettres de noblesse qu’avec le jazz, où l’expressivité de son timbre, sa puissance et la variété de ses possibilités font merveille.
On a bien sûr tous dans l’oreille des exemples multiples de sax ténor ou d’alto, voire de soprano, mais quid du baryton, grand-père fondateur (car le baryton a été le premier de la série, créé à partir d’adaptations de la clarinette basse) ? Comme souvent dans le cas des tessitures graves, il a longtemps été cantonné à un rôle de second plan, en l’occurrence au soutien rythmique, ou voué aux ponctuations relançant les riffs de cuivre dans les big bands de jazz ou les formations de rhythm’n’blues.
Pourtant il lui arrive de s’affranchir de ce rôle grâce à des solistes d’envergure, qui manient le baryton comme l’alto ou la clarinette, ce qui est déjà un bel exploit physique, quand on envisage le gabarit de l’engin !

En voici quelques uns, qui ont marqué l’histoire de l’instrument, ou qui tracent encore leurs sillons, comme on disait au temps des disques vinyls :

Harry Carney : d’abord clarinettiste (clarinette et clarinette basse), il est celui qui le premier a fait sortir le baryton de son anonymat, en jouant dans l’orchestre de Duke Ellington quasiment jusqu’à la fin de sa vie, et en y prenant des chorus au baryton autant qu’à la clarinette.
Duke Ellington : Live at the 1957 Stratford Festival (Music & arts, 1989) (chorus au baryton sur « Sophiticated lady »)

Gerry Mulligan, représentant du « jazz cool » : a tenu un rôle de soliste dans le premier quartet sans piano de Chet Baker dès les années 50, a joué avec Miles Davis (Birth of the cool). Il a aussi composé et arrangé de nombreux thèmes dont certains, comme « Line for Lyons », sont devenus des standards.
Getz meets Mulligan in hi-fi (Verve, 1991)  Ecouter un extrait ici.

Pepper Adams : il est de la même génération que Gerry Mulligan, mais s’exprime plutôt dans un langage « bop ». Surnommé « The Knife » pour le côté tranchant de son jeu, il exploite particulièrement les graves de l’instrument, ainsi que l’aspect rauque de sa sonorité. Il a inspiré bon nombre de saxophonistes pratiquant le baryton, dont Nick Brignola.
The cooker avec Lee Morgan (Blue Note, 1996)

Hamiet Bluiett : tient le baryton au sein du World Saxophone Quartet, très actif dans les années 70 et 80. C’est un quatuor sans rythmique, réunissant les saxophones soprano, alto, ténor et baryton, qui combine des arrangements très contemporains, des improvisations « free » et la tradition des polyphonies vocales negro-américaines.
Requiem for Julius / World Saxophone Quartet (Justin Time, 1999)

John Surman : le plus anglais, représentant d’un courant post-free utilisant des traitements sonores tels le re-recording, l’écho etc…, il pratique aussi la clarinette basse, le saxophone soprano, les flûtes et le synthétiseur; il a commencé à utiliser le saxophone baryton dans un groupe réuni par Mike Westbrook, puis a joué avec John McLaughlin, Michel Portal, Paul Bley et bien d’autres, et a pendant plusieurs années composé pour la danseuse Carolyn Carlson. Sa musique a souvent un caractère plutôt mélancolique, servi par un son très pur.
Upon reflection (ECM, 1979) Ecouter un extrait ici.

François Corneloup : Après avoir enregistré 2 disques dans lesquels le timbre du sax baryton se mêle à celui de la clarinette basse de Sylvain Kassap, et acquis une reconnaissance avec « Jardins ouvriers », (avec Claude Tchamitchian et Eric Echampard), il est désormais non seulement un instrumentiste de premier plan, mais aussi un des créateurs les plus originaux du moment, engagé dans la voie des musiques improvisées, et dans des projets de création collective.
Next (Hope Street/Nato, 2008)

Jean-Charles Richard : Puisant son inspiration autant dans la musique classique et contemporaine que dans le jazz, ses références en matière de saxophone sont deux géants du soprano : Steve Lacy et Dave Liebman, mais il est aussi époustouflant au baryton qu’au soprano : son jeu est précis et puissant, ses compositions développent des atmosphères qui peuvent aller du plus rude au plus poétique.
Faces (Herrade, 2006)

1 DVD sur Gerry Mulligan : Darn that dream – édité par Salt Peanuts, qui contient un enregistrement en studio TV de 1962 (où Gerry Mulligan alterne les chorus avec Bob Brookmeyer au trombone à pistons), un extrait de concert avec le Count Basie All Stars, ainsi qu’une interview de Gerry Mulligan (en anglais malheureusement non sous-titré).

Livres :
Histoires du saxophone / François et Yves BILLARD (Climats, 1995)

et aussi : un recueil de nouvelles mettant en scène un jeune saxophoniste tchèque et sa rencontre improbable avec un saxophone pire que baryton : un saxophone basse !
Le saxophone basse et autres nouvelles / Josef SKVORECKY (Gallimard, 1983)

Pour compléter ce panorama succint de l’instrument, une discographie plus complète peut-être demandée aux discothécaires.

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Une réponse

  1. Jeanne B dit :

    Quel beau travail, bravo…Le genre de choix qu’on ne trouverait pas ailleurs !

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