La face cachée : The SOFT MOON

Malgré un nom quasi romantique (The Soft Moon), cette formation née aux USA au début des années 2010 plonge l’auditeur dans un état second et meurtri. Décrire cette musique revient à évoquer une lumière si ce n’est lunaire, nous dirons crépusculaire et anxiogène… Tout est sombre et d’une violence sous-jacente, mais c’est une « obscure clarté » en manière d’exutoire qui anime tout l’album. Des quatre qui existent : The soft moon, Zeros, Deeper et celui-ci : Criminal, ce dernier opus est le moins flatteur, le plus conceptuel, le plus sombre. Cette esthétique que certains disent entre cold wave gothique et post-punk nous évoque les années 80 (celles de l’attrait adolescent pour les élégantes noirceurs post-apocalyptiques du monde moderne), ainsi que les années 90 affirmant un goût pour une introspection poétique et raffinée qu’un Kurt Cobain incarnait à la perfection.
Deeper (le troisième et précédent opus) est – en regard de celui-ci – un album enchanteur (tout en étant de la même veine) où chaque morceau se détache dans un festival de trouvailles mélodiques et sonores, ouvrant tout un éventail de possibilités entre pop gothique et musique industrielle revisitée : sons angoissants, guitares aux accents britanniques (The Cure et Siouxsie and the Banshees comme présences fantomatiques évocatrices!), boîtes à rythmes désincarnées, basse cardiaque. Criminal restreint encore la donne et fait passer Deeper pour une fantaisie musicale.
L’atmosphère délétère d’une société inquiétante et oppressante s’affirme ici pleinement. Amateurs de légèreté et de gaieté, passez votre chemin, ici mieux vaut être armé ou totalement envoûté pour en sortir sain d’esprit.

Pourquoi cette noire décadence nous attire-t-elle? Peut-être parce que perdure un aspect épique à tout cela : tourbillons comme venus des profondeurs et qui nous happent, mélodies rythmées et efficaces. L’univers connoté de l’auteur y mêle culpabilité, fascination pour les situations étouffantes, les sombres abîmes, le mal, le meurtre, les lésions que la vie laisse sur les organismes. Aucune pudeur. L’univers épileptique d’un Ian Curtis (le jeune chanteur de Joy Division) n’est pas loin.
Luis Vasquez – l’auteur omniprésent du groupe – tire d’un nihilisme complet la matière créative de cette musique faite de distorsions, de résidus de bruits industriels, de sons outrés dont la guitare lie plutôt harmonieusement les crissements en un opéra froid et désincarné.
Cette sensation de confusion mentale habite l’album jusqu’au bout… et – paradoxalement – on en jubile! C’est sûrement parce que transparaît une énergie profonde et libératrice.
A l’instar des mini-jupes qui finissent forcément par reprendre de la longueur d’une saison à l’autre, gageons que le prochain album ne pourra pas être plus abyssal que celui-ci!

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