LA « BOL » (BANDE ORIGINALE DE LIVRE) DE L’ETE

Les vacances approchent, c’est le moment de faire le planning d’occupation de la chaise longue et le plein de livres : à vous de négocier la chaise longue, mais pour ce qui est de la lecture, vous pouvez faire appel à l’assistance éclairée des bibliothécaires…

En bibliothécaire musicale impénitente, je fais d’une pierre deux coups et vous propose à la fois un livre, « 1Q84 » de Haruki Murakami, best-seller chez les libraires et dans les bibliothèques, et sa bande originale, à écouter avant, pendant, ou après.

1Q84 est une histoire tout à fait captivante, en 3 volumes (donc parfaite pour le farniente estival!), et si je vous en parle sur un blog musical, c’est qu’il y est beaucoup question de musique : alors je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais dès qu’il est question de musique, l’envie me démange d’aller traîner mes oreilles dans la direction indiquée.

Donc, cap sur la Sinfonietta de Janacek, qui apparaît à plusieurs reprises dans le roman, et qui est – outre une histoire de lune – le point commun entre plusieurs personnages, tissant entre eux un lien immatériel.

Il est bien entendu hors de question de vous dévoiler l’intrigue, le suspens est de rigueur, mais le caractère légèrement fantastique de l’histoire n’est pas un secret, et le choix de Janacek colle parfaitement à ce sentiment permanent de subtil décalage : si le roman navigue entre la réalité de 1984 et le monde parallèle de 1Q84, le monde musical de Leos Janacek est lui aussi dans une sorte d’entre-deux : entre la musique du 19ème et celle du 20ème siècle, entre la musique moderne et un folklore morave sous-entendu, et sa Sinfonietta elle-même navigue entre symphonie et fanfare populaire, avec sa section de cuivre et ses percussions ; composée en 1926, elle n’est d’ailleurs pas sans évoquer Stravinsky, en particulier dans la dynamique provoquée par l’aspect extrêmement rythmique de la composition, et par le dialogue entre les sections de cordes et de cuivres, qui sans cesse se chevauchent ou se poursuivent.

Les 5 mouvements de cette « petite symphonie » (en effet elle ne dure qu’une vingtaine de minutes) ont chacun leur caractère propre, tour à tour martial, dramatique, rêveur, conquérant, dansant, voire romantique, mais contiennent toujours cette tension dramatique, qui, comme le roman de Murakami, donne envie de connaître la suite de l’histoire.

Le premier mouvement, par le Chicago symphony Orchestra, dirigé par Seiji Osawa :

Le final, par le BBC Symphony Orchestra dirigé par Pierre Boulez :

1984 oblige, Murakami évoque dans son roman un enregistrement « d’époque » : un 33 tours (eh oui, le disque compact n’existait pas encore, encore moins le téléchargement!) contenant la Sinfonietta par l’orchestre symphonique de Cleveland dirigé par George Szell, avec en face B le concerto pour orchestre de Bartok : attention, collectionneurs, à vos marques!* dernier détail, et ceux qui ont déjà lu 1Q84 saisiront l’allusion : la Sinfonietta est le résultat d’une commande d’une organisation de gymnastique.

Outre la Sinfonnietta de Janacek, Haruki Murakami, nous invite à écouter du jazz (il a dirigé un moment un club de jazz à Tokyo), essentiellement classique (Armstrong, Barney Bigard, Ellington) ; mais aussi de la musique baroque (Telemann, Rameau, Haydn, Bach bien sûr, en particulier le clavier bien tempéré et la Passion selon Saint Matthieu), du Mahler (les symphonies), le concerto pour violon de Sibélius…

On peut aussi saisir l’occasion pour se (re-)plonger dans l’œuvre de Janacek : par exemple le quatuor à cordes « Lettres intimes », ou bien les œuvres pour piano interprétées par Ciccolini, ou encore l’ouverture de la Maison des morts

Vous voilà prévenu : cet été, si vous vous plongez dans l’univers étrange de Murakami, n’oubliez pas la bande originale…

Où trouver ce document ?

PS : d’ailleurs, vous allez pouvoir cet été emprunter 10 CDs dans chaque bibliothèque du réseau, alors profitez-en ! et peut-être pourrez-vous concocter vos propres bandes originales de livres ? et les partager ?

Author: Martine

Si j'avais le choix de la couleur, j'aimerais assez être bleue, comme la note du même nom; si j'étais une note, j'aimerais être n'importe quelle petite croche de l'adagio du concerto pour clarinette de Mozart (et je promets de rester bien à ma place), ou encore un silence entre 2 notes de Thelonious Monk; si je devais changer de métier, je me vois bien pâtre sur un rocher chez Schubert ou ornithologiste chez Charlie Parker… Mais bon, j'avoue, dans la vraie vie je m'appelle Martine, et je suis amatrice, outre de musiques en tous genres - mais plus particulièrement celles qui passent à des heures impossibles à la radio - de moelleux au chocolat (avec un fond de sauternes), car c'est bien connu, ventre affamé n'a point d'oreille, et dans notre métier, les oreilles, c'est essentiel !

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