Après avoir entamé un catalogue musical de tous les anges de la création avec Masada, John Zorn – musicien prolifique, polymorphe et connu pour son goût (son obsession?) pour le mysticisme – nous offre ici, tel Janus, 2 visages contrastés : tout sourire et quiétude lorsqu’il nous entrouvre la porte du paradis, sombre voire même brutal lorsqu’il nous parle des templiers et de leurs démons.

Dans « At the gate of Paradise », la musique est claire, sereine, les couleurs irisées, John Medeski y égrène ses notes avec délicatesse, les vibrations aériennes du vibraphone de Kenny Wollesen s’envolent avec légèreté, comme dans cette « Song of innocence » :

Bref, un moment de plaisir pur, sans arrière-pensées sinon celles inspirées par le peintre/poète William Blake, lui-même très préoccupé de spiritualité, et dont l’œuvre est le fil conducteur de cet album.

Templars fait plutôt penser à l’ambiance d’ Aguirre ou la colère de Dieu, violente et sanguinaire, dans son évocation de l’ordre des Templiers, moines guerriers répandant leur foi dans le sang.
>Pour vous donner une idée de l’ambiance, sachez que l’album s’ouvre sur « Templi secretum » et se referme sur « Secret ceremony », et qu’entretemps on est passé par « Evocation of Baphomet » (démon cornu, mi-homme / mi femme que les templiers étaient accusés de vénérer) et « Murder of the magicians » : autant vous dire que la palette de couleurs est nettement moins lumineuse !

D’emblée, le chant (pour ne pas dire le cri) halluciné de Mike Patton vous débarbouille les oreilles avec vigueur ; même dans les passages chuchotés (prières ou incantations), même lorsque pointe le son de l’orgue, instrument symbole de la spiritualité, on sent monter l’inquiétude et la violence plus ou moins contenues :

Là encore, l’univers de William Blake n’est pas si loin, qui disait :
« Les pierres de la loi font les murs des prisons
Les bordels sont bâtis des briques de la religion » …

Malgré toute l’admiration que je porte au talent de John Zorn, foi de fan de la première heure, je ne peux m’empêcher en écoutant successivement ces deux albums de l’imaginer en personnage de bande dessinée, avec son air de Harry Potter légèrement vieillissant derrière ses lunettes rondes, survolé par 2 petits personnages ailés : d’un côte un petit ange immaculé, de l’autre un diablotin grimaçant, se disputant chacune de ses notes : et lui de produire tour à tour un disque dédié aux séraphins, un disque pour les diablotins, un pour le paradis, un pour l’enfer, à défaut de marier les deux…

Templars : in sacred blood / John Zorn

At the gates of paradise / John Zorn

PS : pour la route, une petite dernière (août 2012 à Marciac), qui montre encore une facette du personnage, sans auréole mais juste avec un saxophone :

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2 réponses

  1. Martine dit :

    Alors là, je dois dire que je ne suis pas très au fait des différentes sortes de croix, j’ai l’impression que c’est une interprétation personnelle…
    Pour ce qui est de la musique, je ne connais pas le volume 18 du Book of Angels (et oui, dur de suivre dans cette production pléthorique), mais j’avoue que j’ai un faible pour le volume 16, par le Masada String Trio (Haborym), et que j’ai été séduite par At the Gates of Paradise.

  2. Rick dit :

    Mr Zorn n’aurait-il pas confondu la croix des templiers et la croix cathare (oui celle qui est le symbole de Midi-Pyrénées!) ? Bon bref on est toujours dans le religieux quelque part…
    Pour le mysticisme de sa musique je cherche toujours, « song of innocence » illustrerait à merveille une publicité et si « murder of the magician » vous fait penser à Harry Potter, c’est que les cris de Mike Patton ne nous font même plus peur…
    Mr Bungle a parfois été bien plus inspiré (California); il reste le coté Klezmer de temps à autre, et certains Masada restent mes albums préférés de la production de Zorn, le Pruflas / The Book Of Angels Vol 18 est un album assez remarquable par rapport aux autres sorties récentes…

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