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Il est de ces concerts dont on se rappelle longtemps. Comme des amours de vacances, ils laissent une trace indélébile, douce et sucrée, comme une expérience hors du temps.

Seignosse, Landes 27 juillet 2010.

Un concert reggae quand on est en vacances dans l’un des plus beau coin de France ca ne se refuse pas… A 5 km de notre villégiature, Seignosse. Sous les pins, par un temps doux propice à toutes les découvertes, une salle des fêtes posée sur la plage fait face à une mini-arène où de minables vachettes doivent donner un peu de plaisir à quelques touristes en mal de traditions.

On pénètre dans la salle et tout de suite l’atmosphère est estivale. 3 pauvres gars font office de service d’ordre, de jeunes vacanciers en tongues venus d’Hossegor, quelques babs qui ont du faire du stop, 2 ou 3 dreads … ouais, pas de doute on est vraiment en vacances là! Le concert a déjà débuté mais quelque chose cloche… Ou plutôt 2 choses, bien sur! D’abord ca fume dans la salle… à l’ancienne. Le pied! Et on se replonge immédiatemment dans ces lives d’antan où la fumée était partie prenante du spectacle. Ces temps bénis où l’on avait encore un peu de liberté en écoutant du bon son, bordel! La fumée est quand même un peu plus classe que l’odeur d’aisselles du voisin…

inna.jpgEt puis la seconde surprise vient du son… bon sang! Pas de basse sur cette première partie de set! Une batterie (Kush McAnuff), des percus (Alphonso Craig et consorts), un piano acoustique (Muctar Wurie) et une guitare (Earl Chinna Smith) tiennent lieu de bande-son pour un Clinton Fearon rayonnant et nous proposant les plus grands tubes de sa composition, immortalisés par Gladiators dont il tint la basse et les chœurs pendant près de 20 ans. Ca claque et ca le fait carrément: Mr Chatterbox, Chatty chatty mouth, Rich man poor man… Côté percu, elles sont à tour de rôle tenues par ceux que je vais reconnaître peu à peu. Kiddus I prend la suite et nous fait vibrer de son mythique Graduation in Zion, imparable tube découvert dans le film Rockers. Cedric Myton, leader des Congos himself prend la scène à son tour et nous envoûte avec sa fabuleuse voix de falsetto. Fisherman, Forever young… Grosse claque! Sa voix n’a pas bougée malgré ses 63 ans, il danse et offre tout ce qu’il a. Inspiré, comme envoûté par ce reggae music qui semble rythmer sa vie, éternelle source d’inspiration…

Matthew McAnuff arrive à son tour et nous offre quelques morceaux, visiblement inspiré par l’entourage de ces papis, cultes s’il en est. Et tour à tour, chacun quitte cet impressionant alignement de percussions digne d’une cérémonie rasta, on songe aux Mystic Revelation of Rastafari, pour prendre le micro et nous asséner les tubes qui ont accompagné notre jeunesse. Earl Chinna Smith fait le job, en toute discrétion. Lui dont le nom apparaît dans plus de 1000 albums, le Michel Drucker du reggae qui à joué avec les plus grands (Marley, Tosh, Spear, Black Uhuru…) semble imperturbable dans son rôle de chef d’orchestre. Clinton Fearon tient la baraque. Ses morceaux, reconnaissables entre mille pour qui a écouté Gladiators au lieu d’aller en cours de physique au lycée, sont une invitation. Des tubes à la chaine, des berceuses…

On se pince pour ne pas réver… ce concert est tout simplement fabuleux et les quelque 300 personnes du public semble partager ce moment hors du temps. Pas que! A la pause, en attendant Winston Mc Anuff, les artistes rejoignent le public à l’extérieur sur les pelouses pour taper la causette et prendre la température. Ce n’est pas un concert, c’est une soirée entre potes. Des petits groupes se sont formés, Chinna fait le malin en goûtant les spécialités locales. Kiddus tchek* toux ceux qui ont vu Rockers au moins une fois dans leur vie. Andrew Mc Anuff semble avoir demandé l’autorisation de minuit à son père. Ca rit, ca fume… ca fume, ca rit. Aucune frime, pas de bling bling pour ces gars qui en raconteraient à plus d’un en matière de musique. Tout simplement un moment magique…

Si vous regrettez déjà de ne pas avoir vécu ce concert, il est temps de se rattraper puisque Makasound a eu l’excellente idée d’immortaliser ces moments dans un coffret CD/DVD, concert enregistré lors de la prestation d’Inna De Yard au Printemps de Bourges 2009.

Un des plus surs moyens de capter ce qu’est l’essence du reggae et des musiques traditionnelles caribéennes…

Où trouver ce document?* Tchek: salut des amateurs de reggae/hip-hop, une tape dans la main et poing contre poing.

PS: Le projet Inna de Yard consiste à retrouver le forme originelle des morceaux reggae à leur création: en session accoustique, avec un minimum d’instruments (voix, guitare, percussion parfois) dans l’arrière cour (« yard ») des maisons. Les 8 albums de la collection sont disponibles dans les bibliothèques de Grenoble.

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Une réponse

  1. Emeline dit :

    Moi aussi je suis une très grande fan de la collection « Inna de Yard« . Le reggae dépouillé de tout artifice c’est juste magique!

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