HABIBI RACHID

Rachid Taha
Rachid Taha | by Barka Fabianova

Rachid Taha est donc parti à 59 ans d’une crise cardiaque. Ironie du sort, son cœur a lâché un 11 Septembre. Double ironie du sort, deux jours plus tard, la France reconnaissait officiellement, et plus de soixante et un ans trop tard, avoir instauré un « système recourant à la torture » pendant la guerre d’Algérie.
Après Jacques Higelin, Rachid Taha. 2018 aura ainsi stoppé deux trajectoires hors du commun, nous laissant amputés d’une partie de nous- même.
« Habibi Rachid » est le titre de la touchante émission où le premier cercle du chanteur, ainsi que sa famille artistique, sont venus lui dire adieu sur Radio Nova.

« Habibi ». « Chéri ». On ne pouvait choisir meilleur qualificatif pour Rachid Taha. Parce-que profondément généreux, curieux de tout, et surtout de l’autre, il avait ce mot en permanence sur le bout de la langue. Mais surtout, et avant tout, parce que ces six lettres disent le vide profond et singulier laissé par son décès.
Témoignages et hommages se sont bien entendu succédé dans les médias pour tenter de dire qui il était :
Brigitte Giraud, ( « Rachid Taha le doux subversif », Libération du 17/9/18), Magyd Cherfi (sur sa page Facebook), Mouss et Akim de Zebda (« Rachid Taha était le premier d’entre nous. C’est lui qui a ouvert la porte », Le courrier de l’Atlas du 12/9/18), ou encore Rosa Moussaoui (« Rachid Taha le parcours d’un enfant immigré arrivé en France à l’âge de 12 ans », sur radio Orient)

Rachid Taha
Rachid Taha & Hakim Hamadouche | by Stuart Madeley

Naïma Huber-Yahi , historienne, et spécialiste de la musique algérienne et maghrébine en France, analyse quand à elle l’apport du chanteur de Carte de séjour à la chanson française. Tous disent à leur façon le côté visionnaire et engagé de Rachid Taha. Une tribune intitulée « la Rhoromanie reconnaissante » est par ailleurs publiée dans Libé .

Elle enfonce le clou, et officialise ce que lui doit toute une génération d’enfants d’immigrés. Mais autant n’évoquer de Rachid Taha que la reprise de Douce France, le succès planétaire de Ya Rayah , l’aventure des 1.2.3 soleil ses excès, ou la maladie orpheline dont il était atteint, c’est le cantonner à un cliché pour presse people. Autant n’aborder chez lui que son apport trans-culturel, si important soit il, revient encore à risquer de le ranger dans un tiroir trop étroit. Or Rachid Taha était beaucoup plus que tout cela. Il était un esprit. Et un esprit, par essence, cela ne s’enferme pas. Ni dans une case, ni dans la Casbah (« Rachid Taha, la triste fin d’un passe-muraille », www.letemps.ch). Passeur éclairé, souvent mal compris , Rachid Taha était donc un « berger sans étoile » (Addict-culture.com).

Pour entendre cet artiste qui explose les cadres et a travaillé avec les plus grands noms du rock anglo- saxon, on peut bien sûr réécouter ses morceaux parmi lesquels gravitent quelques ovnis .

On peut aussi (re)découvrir le documentaire Ma parabole d’honneur de Pascal Forneri, qui a accompagné son retour sur scène en Algérie.

Rachid Taha en Algérie : ma parabole d’honneur from pascal forneri on Vimeo.

Mais le plus parlant reste de se plonger dans son inclassable autobiographie Rock la casbah, une autobiographie conçue « comme une chanson de 365 pages » et qui commence par cette citation : « Je ne changerai pas de route à cause de mon nom, Je ne changerai pas de nom à cause de ma route ».

La route s’est arrêtée. Reste le nom. Merci pour tout, « Habibi Rachid ». Et surtout… bonne route.

Où trouver Rachid Taha (albums et participations) ?

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