mesparrow rover

Soir 1 : Rover et Mesparrow à la Source (Fontaine)

Alors avant toute chose il faut dire que le pari était risqué : inviter Rover et Mesparrow, deux artistes qui n’exultent pas la joie de vivre dans une salle qui ne sert pas d’alcool y’a plus engageant pour un vendredi soir.

L’argument de la licence 4 aurait pu me faire tourner les talons mais mon appétence pour les univers musicaux un peu sombres a été plus forte. J’ai donc franchi les portes de la source et voilà mes impressions…

Déjà le public dont la moyenne d’âge dépassait largement les 45 ans m’a un peu filé le bourdon (pas de bière, plein de chauves, et un gamin assis derrière moi qui va donner des coups de pied dans mon dossier toute la soirée… ça va trop trop le faire !). La salle se remplit, je croise ma voisine du 8ème, des potes, des lecteurs de la bib, bonjour, bonjour, ah salut ça va?!
Vite vite Mesparrow, grouille toi je suis pas d’humeur à faire la causette à la terre entière!

Ca y est elle entre, toute menue, un peu raide, un peu tendue non?
Elle commence à chanter et nous montre rapidement les différentes colorations de sa voix. Pour resituer, Mesparrow vient de Tours, elle a sorti un album onirique et sensuel, « keep this moment alive » en 2013 où elle s’enregistre à l’aide d’une pédale de boucle et d’un ampli. Elle est donc seule sur scène et jongle entre le chant, la pédale, les effets vocaux et parfois le piano … jolie performance pour ce petit brin de fille.
Mais bizarrement je suis passée à côté. L’album m’avait pourtant beaucoup plu, mais là j’ai eu du mal à rentrer dedans, à choper la poésie de l’instant. Certains systématismes m’ont gêné et le personnage en tant que tel m’a semblé fort mal à son aise sur scène, comme empêtrée dans son propre corps. Vraiment dommage, car même sur des morceaux puissants et habités tels que « next bored generation », j’avais envie qu’elle rentre plus dans le tas, qu’elle y aille avec ses tripes, que ça transpire un peu. Mais la demoiselle est restée dans un registre plus poétique, tout en finesse, et je pense que c’est là qu’elle m’a perdue.

Arrive ensuite le sieur Rover que je vous resitue aussi : Chanteur et multi-instrumentiste français ayant grandi à New-York puis vécu à Beyrouth, il sort en 2012 un album éponyme plébiscité par les critiques, dont j’étais complètement passée à côté (comment, mais comment ais-je pu faire ça !!!??). J’avais un peu révisé grâce à Youtube mais bon, je vais pas faire ma crâneuse, je connaissais pas des masses quoi!

Donc, Rover monte sur scène et là déjà, il en impose rien que par sa personne : beau bébé! J’apprécie direct sa prestance, son style de dandy travaillé, sa demi-caisse rouge : aucune faute de goût. Son batteur entre aussi en scène, ça sera donc un duo guitare/batterie : cooool!
1ère chanson, je suis déjà scotchée sur mon siège par la puissance de sa voix, sa mélancolie couplée à cette colère : je kiffe!
Fin du morceau il prend le micro, fait des blagues, renvoie dans ses 22 mètres un spectateur à l’humour douteux. Rover est drôle, intelligent, fin : merde je tombe amoureuse là !!
A partir de là j’ai des étoiles qui brillent dans les yeux pire que Candy devant le prince des collines. Je rigole à toutes ses blagues, quand il miaule je fonds, quand il rugit je tremble, c’est parfaitement ridicule!
Nan mais blague à part, ce fut vraiment un super concert, le duo entre Rover et son batteur était assez génial, la complicité et le plaisir de jouer ensemble, non dissimulés.

Reste cette impression douce amère de mélancolie, de rage contenue, de vague à l’âme. Un vrai romantique ce Rover, mais au sens propre du terme, un tourmenté, une âme qui saigne. Et ça, ça me parle.

Après le 2ème et dernier rappel, j’ai discuté 5 mn avec ma voisine du 8ème tout en guettant un éventuel retour de Rover sur scène (auquel cas je lui aurais jeté mon soutien-gorge bien entendu). Puis j’ai quitté la salle pour constater que 80% du public (dont moi) a refusé de prendre un Fanta au bar et a filé se boire une bière ailleurs … paye ta convivialité.

Le lendemain en débriefant le concert avec mon collègue Fred, il m’a dit cette phrase « de toute façon le rock est mort depuis qu’il est entré dans les théâtres »… il semble effectivement très difficile pour les nouvelles salles de trouver un juste milieu entre une belle qualité de son et l’ambiance incomparable des concerts un peu punks entre potes. Espérons que la Belle électrique saura relever ce défi !

Merci à Jessica Calvo Ruiz pour l’utilisation de ses photos.

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Une réponse

  1. Donatienne dit :

    Bravo Emeline pour ce reportage très complet et très détaillé ( on s’y croirait).
    Belle amertume, mais tu as quand même « gagné » un soutif !
    Que Bmol continue ainsi à nous informer et nous instruire .

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