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Tout a commencé pour moi par une vidéo aperçue sur les réseaux sociaux. Une traductrice en langue des signes pendant un concert du Wu-Tang.

Cette prestation et cette chorégraphie ne correspondaient pas vraiment à l’idée que je me faisais de la langue des signes, et surtout la performance de cette interprète m’interpella par l’attitude plutôt « rap compatible » avec le flow et les attitudes du Clan de New-York City.
Et puis sa présence dans un festival allait, au premier abord, moins de soi que celle d’un musicien, un technicien, ou un photographe. Si dans les festivals, les estrades et rampes d’accès pour Personnes à Mobilité Réduite (PMR) sont désormais courantes et font partie intégrante de l’imagerie de concert, on ne songe pas immédiatement aux autres types de handicaps, à fortiori les handicaps auditifs…

En fait, rares sont les personnes qui n’entendent absolument rien. Les progrès réalisés sur les prothèses et implants et les techniques de rééducation orthophonique permettent à pas mal de malentendants de ressentir la musique. Evelyn Glennie, percussionniste professionnelle sourde depuis l’âge de 11 ans, explique que l’ouïe n’est qu’une spécialité du toucher, et que les sons ne sont que des vibrations circulant dans l’air qui peuvent être interprétés grâce à d’autres parties du corps.
Des expériences peuvent aussi être citées, comme le groupe Fumuj en 2011 qui développait un dispositif innovant à destination des sourds et malentendants.

Mais ressentir les ondes ne permet pas de percevoir les paroles d’une chanson. S’il existe des dizaines de clips réalisés en langage des signes, la problématique du live est toute autre. La lecture sur les lèvres a ses limites en concert : la distance avec le chanteur et sa bonne articulation notamment. C’est là qu’intervient le traducteur en langage des signes.

Si l’on se penche un peu sur la question, les interprètes insistent sur le fait qu’il est indispensable d’être fan d’un groupe pour exercer cette activité avec intensité. Ou du moins de connaître par cœur les paroles des chansons qui vont être jouées, au prix de semaines, voire de mois de travail acharné. Certains traducteurs qui n’ont pu se procurer la setlist du groupe auprès de l’organisation ou de la production consultent des sites tels que setlist.fm pour être parfaitement au point. D’autres déclarent ne se sentir à l’aise qu’au prix d’une connaissance parfaite de l’artiste et son oeuvre, au point de deviner le nom de chaque morceau en à peine 3 notes…

Car il ne s’agit pas simplement de traduire des suites de mots qui forment des phrases mais de retranscrire l’esprit d’une chanson, l’essence de ce qu’exprime un artiste à travers ses morceaux, le plus fidèlement possible. Un bon traducteur doit allier efficacité, énergie, souffle dramatique et rythme [une pensée pour les traducteurs de Venom et de Franky Vincent…]
Ainsi ce sont deux techniques qui sont utilisées et qui se complètent au gré des interprétations : celle de la traduction mot à mot et celle de la traduction des idées. Il est également courant que les interprètes travaillent par équipe de deux afin de se relayer, car il s’agit d’une vraie performance physique particulièrement éprouvante.
Le traducteur doit disposer d’un pupitre éclairé pour pouvoir lire ses notes et les textes des chansons, d’un projecteur pour être vu du public et, quand l’organisation fait bien les choses, d’une oreillette reliée au retour voix du chanteur.

Et quand toutes les conditions sont réunies, le spectacle est au rendez-vous, comme en témoigne cette battle de langage des signes dans un live télé avec Wiz Khalifa :

Pour en savoir plus, retrouvez ici un article assez complet sur le sujet ainsi que le portrait de la plus connue des traductrices de concert : Amber Galloway Gallego qui a pu bénéficier des avancées de l’Americans with Disabilities Act (loi sur les citoyens américains handicapé) obligeant les salles de concert et sociétés de production américaines à fournir un interprète en langue des signes sur demande.

Quant à moi, je vais me faire une petite intégrale de Michel Pépé, parce que renvoyer vers des liens BFM TV et le Figaro dans le même article, ça appelle une remise en question …

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