Dans le cadre des « Tournée Isère » proposée par la MC2, je me suis rendu, fort curieux, au concert de Danyèl Waro, figure incontournable du maloya réunionnais.

Le maloya est le rythme traditionnel de la Réunion. Issu du métissage musical des ethnies qui composent la population réunionnaise (Afrique de l’est, Madagascar, Inde) le maloya est le rythme sur lequel les esclaves des plantations chantaient leurs joies mais surtout leurs peines, un peu à la manière d’un blues de l’océan indien. Le terme provient du malgache « Malahelo » qui signifie « parler, s’exprimer » et renvoie à la tristesse et à la mélancolie. Longtemps mésestimé et considéré comme un genre vieillot, interdit par l’administration issue du colonialisme à la fin des années 50 car porteur de révolte et de luttes sociales par les thèmes qu’il véhicule, ce sont les mouvements indépendantistes qui vont le tirer de sa léthargie dans les années 70.

DANYEL WARO fait partie de ceux qui ont su dépoussiérer le genre et redonner ses lettres de noblesse à une musique traditionnelle mais moderne, porteuse d’histoire et de sens, enrichie par ses apports ethniques.

C’est vous dire que le concert de mercredi soir dépassait un peu le simple cadre musical pour s’inscrire dans une histoire en route, l’histoire d’un peuple en lutte pour faire valoir ses droits, son histoire et son passé et qui semble redouter d’être classé « monument historique » tant les thèmes abordés et la modernité du propos parlent de la Réunion comme d’autres manuels d’histoire.

Et on ne fût pas déçu… Danyèl Waro nous a offert un magnifique concert, un de ces moments dont on garde longtemps la trace. C’est un grand monsieur qu’on a croisé l’autre soir. Tout en simplicité, dégageant une force et une sérénité que seuls les grand personnages détiennent. Faisant partager ses convictions sans un gramme de pathos, nous parlant de ce qui l’a construit (son père, ses rencontres, l’amour de son île) et des instruments qu’il fabrique lui-même. Nous offrant la beauté du créole réunionnais dont on capte parfois quelques bribes et la richesse d’une interprétation toute en énergie. Accompagné de 4 percussionnistes, devant un auditoire à l’écoute et rapidement subjugué par l’univers de Waro et la sincérité du personnage. Ce fut du pur bonheur et l’impression de palper un peu de cette culture qui est pourtant aussi la notre (eh oui, la Réunion c’est la France…) J’ai découvert l’autre soir un poète et je n’en suis pas encore remis.

Celui qui aime se définir comme luthier plutôt que comme musicien, comme agriculteur plutôt que comme militant, celui qui a préféré faire 2 ans de prison plutôt que servir sous un drapeau déclare: « Grace au maloya j’ai pris du recul par rapport à la philosophie cartesienne, aux jugements trop conceptuels. La maloya m’a remis en accord avec la Réunion, avec les gens, avec notre langue et notre bâtardise« . Et dans un des plus beaux morceaux chanté en créole l’autre soir : « Je ne suis pas blanc, non je ne suis pas noir, ne me racontez pas d’histoires, mélangé de cafre (Africain), de yab (Blanc) et de malbar (Indien), je suis de l’ethnie « pur bâtard »… »


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Une réponse

  1. J.Love dit :

    Jusqu’en 1982 (!) le Maloya a été interdit en public. C’est Jack Lang, ministre de la culture, qui l’autorisera et décrétera le 20 décembre jour férié en commémoration de l’abolition de l’esclavage.

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