1963 : Blowin’ in the wind de Dylan est reprise par les 250.000 manifestants de la Marche sur Washington de Martin Luther King.

1974 : 100.000 personnes rejoignent le Larzac pour s’opposer à l’installation d’un camp militaire en écoutant Maxime Leforestier, Gilles Servat et La Bamboche.

1995 : des millions de personnes descendent dans les rues Motivé(e)s.

Les courants musicaux ont toujours accompagné les luttes sociales et les sursauts de sociétés en mutation. On peut ainsi, en toute bonne foi sociologique, sonder l’état d’un pays à la musique qui y est produite. Cette dernière traduit aussi bien les maux de ceux qui peinent à trouver leur place que l’insouciance d’une jeunesse à qui s’offre le monde et qui va tout déchirer. Les plus rigoristes objecteront que tout de même c’est pas trop sérieux comme démarche scientifique. Tut tut tut! La création artistique est un corpus sociologique suffisamment conséquent et fiable pour prendre la musique comme objet d’analyse d’un monde qui change. Faisons donc fi de toute bien-pensance pour endosser l’habit de l’enquêteur prêt à arpenter le monde… sur Internet.

1ère escale: les ANTILLES.

Vous n’êtes pas sans savoir, si vous suivez un minimum l’actualité, que les Antilles puis la Réunion et la Guyane ont été (sont ?) en proie à quelque trouble à l’ordre public et le théâtre d’un mécontentement que les média traditionnels ont mis bien du temps à couvrir. Alors que la Guadeloupe s’enflammait, les journaux télévisés nationaux préféraient nous informer de la désignation de Patricia Kaas comme représentante de la France à l’Eurovision… Ah la hiérarchie de l’information… Rendons donc à Césaire… (non trop lourde celle là!). Rendons donc justice à nos cousins et mettons un coup de projecteur sur l’actualité (presque l’actualité) sociale et musicale des îles des Caraïbes.

Donc pendant que nous nous intéressions à la future déculottée de l’Eurovision, qu’écoutaient donc les Antillais ? Eux qui ont le mérite de posséder un patrimoine musical empreint de réalité et de l’état social du monde? Et bien figurez-vous qu’ils composaient eux même la musique qu’ils allaient écouter dès le lendemain ou bien chanter dans la rue. Car, chose primordiale que le bon sens créole a su conserver en se doutant que se cristallisait là bien plus qu’un moment de fête, le Carnaval est le temps fort de l’année chez nos voisins et compatriotes Guadeloupéens et Martiniquais.

C’est le moment où l’on se lâche, où s’expriment librement, par le verbe ou l’accoutrement, les problèmes d’une société, les rancœurs accumulées, les fantasmes refoulés tout au long de l’année. Où s’expriment par l’humour les griefs, où l’on se moque des puissants, où l’on se retrouve côte à côte dans la rue pour parader sans aucune distinction. Bref que du bonheur pour les esprits et les oreilles…

Et autant vous dire qu’outre-mer les bons mots sont légion et que les autochtones, loin de tout cliché postcolonial, ne dorment pas sur le sujet. Voici donc en exclusivité ce qu’a glané sur Internet l’envoyé spécial de Bmol chez nos cousins antillais.

Tendez l’oreille et savourez…

PS : pour les traductions créole/français des morceaux que vous allez entendre réponses envoyées par retour de courriels.


Carnaval Martinique – Carla en chanson

Carnaval 2008
Et un petit bonus un peu plus ancien (2006) mais qui vaut le détour:

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8 réponses

  1. Marc dit :

    Pour info Joelle Ursull a fini deuxieme, ce qui était un bon résultat !

  2. Fabien dit :

    Mais non, enfin Julien, il s’agit de l’excellente et très rock’n’roll « Poupée de cire, poupée de son » ! C’était en 1965 et la chanson avait permis au Luxembourg de remporter le concours malgré une interprétation de France Gall « à la Johnny Rotten » ce soir-là (qui à dit « comme d’habitude » ?).

  3. Julien dit :

    Effectivement Gainsbarre avait composé un air (plutôt pas mal d’ailleurs) pour Joelle Ursull (même remarque que précédemment), le « white & black blues » qui comme son nom l’indique évoquait vaguement l’ambiance des îles. La pauvre s’était ramassée lamentablement. Et il n’en était pas à son coup d’essai puisqu’il avait pondu un morceau pour France Gall dans les années soixante, je n’oserai affirmer qu’il s’agissait des célèbres « Sucettes ».

  4. Jérôme dit :

    C’est sensé représenter l’identité et la richesse musicale de chaque pays européen, je crois. Le choix de Kass s’explique par sa popularité dans les pays de l’est, la Russie accueillant la compétition cette année. Mais ce concours n’est pas que folklorique car je crois me souvenir que Gainsbourg himself avant sa mort avait composé pour l’Eurovision un titre pour l’antillaise Joëlle Ursull sur laquelle il avait flashé…

  5. Rosie dit :

    Elle a pas « kaassé » la baraque, à ce que je vois… oui je reconnais elle est faiblarde cette vanne là, mais on peut compter sur nos amis antillais pour « casser » la monotonie.
    Et à quoi ça sert exactement l’eurovision ?

  6. Jérôme dit :

    8ème je crois, ah ah ah !!! Mais c’est mieux que Sébastien Tellier qui avait finit l’année dernière genre 18ème sur 22 !!

  7. Ginette dit :

    Un bon ptit carnaval, voilà ce qu’il nous faudrait !

  8. Emeline dit :

    Super article ! Musique et revendication sociale, voilà un sujet intarissable !
    Au fait… elle a fini à quelle place Patricia Kaas ???

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