Alfio Origlio headhuntersPianiste éclectique reconnu et mélodiste de talent, le Grenoblois Alfio Origlio s’est entouré d’un sextet talentueux pour un vibrant hommage au groupe phare d’Herbie Hancock : The Headhunters.

Si Herbie Hancock est surtout connu pour son hit « Rockit », ses bandes originales de films* ou sa participation en tant que pianiste au 2nd quintet de Miles Davis (avec notamment Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams), c’est de sa grande période jazz-funk des 70’ qu’il est question aujourd’hui.

HancockHancock a été un précurseur dans le jazz. Que ce soit en mélangeant instruments acoustiques et électroniques (voir par exemple l’album Crossings) mais aussi parce qu’il a su très tôt tirer profit des innovations technologiques appliquées à la musique. Il sera l’un des premiers compositeurs à travailler sur un ordinateur Atari à l’orée des 80’ (ah vieux père ! Atari… Space Invaders, Asteroids) et à utiliser des synthétiseurs, ARP notamment. Enfin, il intègre dès le début des années 70 de nombreux éléments jusqu’alors relativement étrangers au monde du jazz : funk, rock, musiques afro-caribéennes et africaines.
Herbie_Hancock_and_The_Headhunters_1975Si l’on ajoute à ce goût pour l’innovation et le métissage, l’usage intempestif de toute une gamme d’instruments habituellement utilisée dans la funk (Fender Rhodes, Minimoog, vocodeur, Clavinet et pédales wah-wah) et les gênes de cette musique comme ligne directrice -basse qui dirige, groove et rythme comme points de convergence- on obtient la signature sonore du jazz-funk et d’un de ses groupes phares, The Headhunters !

head huntersthrustman childsurvival

On peut citer quelques albums fabuleux de l’expérience Headhunters –Head hunters, Thrust ou Man-child– mais aussi Survival of the fittest, disponible au Fonds Commun Musique. Il dévoile les facettes d’un jazz funk puisant dans les racines des musiques afro-américaines . Un album inventif, onirique, débridé et audacieux.

Bougre d’Alfio Origlio qui a compris bien des choses ! Lui qui a accompagné en tant que pianiste/claviers Salif Keita, Keziah Jones, Michel Jonasz ou Michel Legrand, a constitué une équipe de choc pour rendre hommage à travers cet album enregistré live en 2009 au talent et à la créativité des Headunters de Hancock. Les Grenoblois Fabien Sanchez (guitare), Guillaume Poncelet (trompette, clavinets, claviers) qui a réalisé des albums pour Michel Jonasz, Ben l’Oncle Soul ou Gaël Faye et qui a collaboré avec Claude Nougaro, Stevie Wonder et Earth Wind And Fire. Mais aussi Patrick Manouguian (guitare) vu avec Deedee Bridgwater et Lalo Schiffrin, Arnaud Renaville (batterie),  et la base rythmique de Sixun : Michel Alibo (basse) et Stéphane Edouard (percussions).

Alfio HeadhuntersC’est en artisans d’une musique s’inspirant du maître Herbie mais proposant ses propres vues et des modes d’expression singuliers qu’Alfio et son groupe interprètent Headhunters. Comme une famille Jazz qui aurait invité le tonton Funk à un grand repas de famille.
Un tonton funk avec son gros ventre et ses basses rebondies, un tonton funk toujours élégant avec ses claviers rutilants comme des souliers vernis. Vous savez le vieux tonton qui transpire à la fin des fêtes de famille. Celui qui aime le bon vin et ne se fait pas prier pour animer la piste de danse devant les neveux hilares mais bluffés. Parce que la funk et ses wah-wah c’est de la sueur**, et dans la danse, la funk c’est un don de soi c’est sûr. De l’extase et de la souffrance.
Ce déballage de sentiments a le don d’agacer la grand’ tante Jazz. Elle s’y fait un peu avec les années et elle regarde maintenant d’un œil condescendant sa moitié offrir tout ce qu’elle, elle garde secret. On l’aime bien quand même Grand’ Tante, filiforme et voûtée. Tous les deux ils forment un sacré couple, on les admire. Lui le bavard, l’outrecuidant, l’outrancier. Elle la taiseuse. Elle n’est pas la plus marrante de la famille mais elle a une autorité naturelle qui inspire la déférence. On aimerait bien en savoir plus de sa vie passée mais elle se livre difficilement. Elle a la confidence qui se mérite à vrai dire…

Voilà tout l’effet qu’a su retranscrire Alfio sur cet album. Un discours perpétuel entre jazz, funk et racines africaines, entre esprit et pulsation, tradition et soubresauts d’une modernité musicale trépidante. Un aller-retour permanent entre 2, 3, 4 mondes qui s’interpellent et s’inter-pénètrent.

www-Alfio-Origlio-Headhunters2C’est tout le bouillonnement créatif du jazz des années 70 que l’on revit ici. C’est explosif et jubilatoire, un chemin intime qui remue et qui sollicite.

En concert la puissance hypnotique du répertoire Headhunters est magnifiée par ce sextet qui a fait ses armes sur les routes du monde. On médite, on bringuebale, on vacille. L’ambiance est magique et le lieu surréaliste puisque c’est au beau milieu des serres de l’exploitation maraîchère bio Les Jardins de Malissoles à Varces (Isère) que j’ai assisté, en septembre dernier, à ce merveilleux moment organisé conjointement par le Jazz club de Grenoble et Graine de culture.

L’occasion de saluer ici le beau travail de ces 2 structures et mettre à l’honneur un jazz qui part en aventure… Promis on y reviendra!

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* 1966 : Blow Up ; 1974 : Death Wish, BO du film Un justicier dans la ville ; 1986 : ‘Round midnight, BO du film de Bertrand Tavernier Autour de minuit.
** Funky en argot américain signifie « puant, qui sent la sueur »

2 réponses

  1. Jérôme dit :

    Tu parles de talents Martine et c’est bien le bon mot! Outre la qualité de cet album, il y a ici de véritables pointures niveau technique… et c’est toujours un régal de les écouter

  2. Martine dit :

    Merci de mettre en lumière des acteurs de la « scène locale » grenobloise autre que rock : en jazz aussi, les talents sont là !

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