Il n’a pas que pour l’invasion de l’Irak en 2003 qu’Etats-Unis et Angleterre s’entendirent comme larrons en foire. Sur le terrain du bel amour américano-anglais une autre artillerie lourde débarque en ce moment sur le continent européen avec un généreux troisième album : The Kills.

Couple à la vie comme à la scène, monsieur est Anglais et guitariste, madame est New-Yorkaise et chanteuse. Ils se sont re-nommés Hôtel pour lui et W pour elle, histoire de se couper de leur passé musical et de repartir de zéro. La profession de foi de cette naissance était assez éloquente puisqu’il s’agissait de dépouiller le rock de tous ses artifices pour en retrouver la quintessence.

Avec THE KILLS en concert la tension est palpable. Un grand spectacle. Dans le bon sens du terme : mettre sa vie entre les mains des spectateurs, monter au front tel le soldat et jeter ses dernières forces dans la bataille. Respirer le moment présent comme un condamné profitant de son dernier clope. De la chair et de la sueur, du sexe et du métal, des tripes et du sang. Ça frotte, ça gémit, ça crache, ça suinte, c’est moite. Ca laisse un arrière goût dans la bouche, pendant plusieurs jours.

Leurs deux précédents albums avaient marqué les esprits sans devenir pour autant des incontournables. Ils souffraient de plusieurs handicaps : trop minimalistes, trop dépouillés, trop hermétiques. Et à force de faire dans le trop, on s’éloigne du public.

« Midnight Boom » : enfin le grand album de The Kills que l’on attendait ! Tout en restant fidèle au son rugueux et sans compromis de leurs premières productions, le groupe met un peu d’eau dans son vin en distillant au fil des morceaux un peu d’électronique par exemple. Les titres défilent, laissant apparaître différents facettes de leur talent et de leur singularité. L’ambiance reste sombre mais des touches mélodiques apportent de la douceur et viennent ainsi mettre les compositions en relief. On retient l’entêtant Alphabet pony, U.R.A. fever. Ou encore le magnifique Goodnight bad morning, une chanson à chialer dans sa bière, comme aux plus belles heures du Velvet Underground. La voix de W est toujours envoûtante, et s’essaye même, plutôt bien, à des chœurs (What New York used to be).

Assurément un feu intérieur les dévore encore. Et comme pour « No Wow » en 2005, on est sur le fil du rasoir, dans l’attente permanente de l’éruption qui viendra déverser dans nos oreilles des torrents de lave en fusion. Mais ici la tension est contenue, ravalée, intérieure. The Kills prouve définitivement avec cet album qu’il « l’un des » sinon LE groupe des années 2000.

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2 réponses

  1. Caro dit :

    Juste pour faire une rectification. Les deux membres du groupe ne sont pas du tout ensemble dans la vie. Monsieur sort avec la trash Kate Moss.

  2. Valérie dit :

    The Kills tourne en boucle dans ma voiture. C’est original et rythmé. Je le conseille vivement à forte dose tout les matins sur le trajet du travail : 2ème effet Kisscool garanti.

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