Le groupe, originaire de banlieue parisienne, est composé de 4 rappeurs et de 2 DJ. Et pas n’importe qui puisque certains ont fait partie de groupes pionniers, comme Assassin, qui dès 1985 ont ouvert la voie à une nouvelle génération de rappeurs. L’album Du cœur à l’outrage clôt magistralement le triptyque commencé avec L’ombre sur la mesure (2002) et Regain de tension (2004). Il est l’une des grandes sorties de 2007.

Nul doute que ceux que le lien entre musique et politique intéresse auront entendu parler du procès intenté en juillet 2002 par le Ministère de l’Intérieur contre le groupe La Rumeur pour « diffamation publique envers la police nationale ». Rappelons l’objet du délit, phrase d’Hamé, un des rappeurs du groupe, extraite d’un fanzine distribué avec leur premier album L’ombre sur la mesure : « les rapports du Ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété »….
Effectivement… tendancieux quand on connaît l’attention qui est portée à toute parole publique sur des sujets aussi sensibles. Histoire de vous laisser juge d’une autre forme de dangerosité des textes, je vous laisse en découvrir deux, soigneusement choisis par mes soins :
« La bise soufflera dans les arbres en fleurs, les anges sauteront en folie, comme pour attraper des cœurs, suspendus à l’échelle de l’infini » (Céline Dion « Si j’étais quelqu’un » dans l’album D’elles, 2007), « la météo, soleil tout là-haut, sauf pour ceux qui brûlent de froid en enfer, tourbillon désinformation, c’est partout l’hiver » (Lara Fabian « J’ai zappé » dans l’album Pure, 1997). A méditer…

C’est sûr La Rumeur prend des risques. La façon dont ils libèrent la parole, sans autocensure, avec des textes toujours acerbes, parfois « limite », leur a attiré de solides inimitiés, comme d’autres en leur temps (tiens cela ferait l’objet d’un savoureux Via Musique ça !). Ce qui les singularise d’autres groupes de rap français semble évident : la qualité de leur écriture.
Véritable concentré de littérature urbaine, l’album hypnotise par son univers sombre et désenchanté porté par des versions instrumentales apocalyptiques. A son écoute, c’est une véritable gifle face à des textes sublimes de lucidité et de colère de la part d’un groupe qui qualifie sa musique de « rap de fils d’immigrés et non pas de rap français ». L’actualité politique et sociale vue de la banlieue … terrible mais instructif. La Rumeur c’est incontestablement les plus belles plumes du rap français. Un talent d’écriture qu’il faut absolument découvrir.

« J’ai pas attendu que la République se taille les veines
Devant l’horreur de nos curriculum
Car entre barbares et racailles comme terminologie du parfait sous-homme
Appauvri ok mais comme de l’uranium »

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3 réponses

  1. J.Love dit :

    Notez sur vos agendas en octobre la soirée rap de l’édition 2010 de Rocktambule: on parle de Casey et IAM sous chapiteau à l’anneau de vitesse… en attendant la prog définitive.

  2. Julo38 dit :

    Le groupe vient tout juste d’être relaxé après huit (!?) années d’acharnement judiciaire. Lire sur Rue89.

  3. Jérôme dit :

    A noter la bonne nouvelle qui vient de tomber: Hamé vient d’être relaxé par la Justice (pour la 3ème fois). Tant mieux… la parole libre c’est souvent mieux dans la musique

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