Parmi les références les plus souvent cités dans mes lectures musicales, certains disques reviennent souvent avec insistance sous la plume des « rock-critics ». Des œuvres secrètes qui ont peu à peu exercées une fascination diffuse jusqu’à influencer des générations entières de musiciens. Il y a le Remain in light des Talking Heads, le Spiderland de Slint, le Loveless de My Bloody Valentine et il y a Rock Bottom de ROBERT WYATT. Alors, à quoi bon s’attaquer à un tel monument ? « Tout n’a-t-il pas déjà été dit ? » ajouteront les plus sceptiques. Mais à l’heure où l’industrie musicale nous annonce pas loin de dix « chef-d’œuvres » (avec les guillemets de circonstance) chaque semaine, il est toujours intéressant de se frotter à ce genre de disques, une de ces bornes qui jalonne le cours de l’histoire du rock et qui servent de valeur référence. Et pour en parler, le plus simple est d’oublier tout ce qu’on a pu lire (bof, ça c’est déjà fait) et surtout de le réécouter avec une oreille neuve…

Second album solo de l’ancien batteur de Soft machine (groupe de jazz-rock flirtant avec l’expérimental), la plupart des morceaux (en tout cas une première mouture) ont été écrits à Venise où le musicien avait accompagné sa compagne sur le tournage d’un film : « Après des années de travail incessant, avec des groupes ou en tournées, je ne savais pas bien comment occuper mes journées. Pour me garder actif, Alfie m’avait offert un petit clavier tout simple avec un vibrato très particulier qui évoquait un peu l’eau qui nous entourait » (extrait d’un texte passionnant autour de la genèse de l’album et inclus dans la réédition de 1998). C’est ainsi que débuta l’aventure Rock bottom, autour d’un piano miniature, presque un jouet d’enfant…

Tout ce qui fera la marque de fabrique de Robert Wyatt est ici déjà présent : ce timbre de voix si particulier, ces arrangements qui mêlent jazz et rock (« Little red riding hood hit the road ») tout en restant à bonne distance du jazz-rock, genre inventé dans les années 70 mais qui apparaît aujourd’hui terriblement daté. Ici au contraire, Robert Wyatt, qui joue à peu près de tous les instruments, accouche d’un disque tellement original qu’il en devient intemporel. Tantôt scandant ses textes sur des impros de saxo free (‘Alife », « Little red robin hood hit the road »), tantôt se servant de sa voix comme un jazzman le ferait de son instrument (« Sea song », « A last straw »), à la fois mélodique (« Sea song », « Alifib ») et expérimental (tout l’album), multipliant les orchestrations et les instruments (la clarinette, le piano, la trompette, le violon, etc), ce Rock Bottom est baigné d’une ambiance mélancolique (à l’exacte opposé de toute musique festive) capable encore aujourd’hui d’une force suggestive peu commune et de convoquer à son écoute tout un imaginaire. L’album idéal pour rêver en somme…

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